PHILIPPE GEORGET : L’ETE, TOUS LES CHATS S’ENNUIENT. Jigal 2009 / livre de poche 2012.

Je me suis permis de rajouter une virgule au titre.

Je me suis intéressé à ce roman pour deux raisons. La première étant son succès, ses prix obtenus, la seconde étant que j’ai habité une vingtaine d’années la région de Perpignan, théâtre du récit.

La qualité principale de ce roman tient dans le caractère ordinaire du personnage principal, Gilles Sebag qui, tel un François Hollande de la police, est un enquêteur normal. Il picole un peu, tâche d’être un bon père, un bon époux et loue à l’occasion un film pornographique quand il se retrouve seul à la maison. Il est ni vraiment réactionnaire, ni vraiment progressiste, n’a pas d’idées sur le monde. On a envie de l’adopter, de lui prodiguer amicalement quelques conseils conjugaux ou éducatif et c’est plutôt finaud car du coup, on va s’intéresser à son travail, ses efforts de concentrations, son sens aigu de la maïeutique et ça nous donne de belles pages de réflexions, d’études d’hypothèses, et d’interrogatoires.  Quelques scènes sont particulièrement réussies.

J’ai également apprecié un détail qui a son importance. A un moment, l’auteur cite Maury, un petit village situé dans la vallée de l’Agly.  C’est important car la plupart des auteurs du departement 66 négligent cette vallée car elle n’est pas de culture Catalane. C’est une enclave occitane, souvent oubliée des occitans eux-même. Et si vous passez à Maury, achetez donc un peu de vin, montez au château de Quéribus et visitez la bibliothèque, au fond surprenant d’éclectisme et de qualité, puisqu’on y trouve, entre autre, mes œuvres complètes (ca doit être la seule de France)..

Revenons au roman.Hélas, deux gros défauts nuisent gravement à sa qualité.Tout d’abord, un gros déséquilibre entre la précision et le soin que donne l’auteur au caractère de l’enquêteur, à sa personnalité, aux rapports très cohérents qu’il entretient avec son travail, avec ses collègues et le flou guignolesque du tueur, un mélange de tous les clichés du genre, un catalogue d’états psychologiques non-étayés. Rien ne semble crédible. On dirait un criminel en carton, un playmobil, et ça, ca m’est très désagréable car même dans les pires « brigades mondaines » (dont un se déroule par ailleurs à Perpignan, autour de l’affaire DEFI, les connaisseurs apprécieront) le criminel a une âme, ou du moins un mobile. Là, on se demande. Aucun de ses actes n’est motivé, et encore une fois, le personnage du tueur en série ne sert que de faire valoir au travail de la police, et même quasiment, aux déboires conjugaux de l’enquêteur.

Ensuite, j’y vois de grosses faiblesses de mécanique. Je passe sur une arnaque scénaristique (mentir au lecteur, c’est pas bien. Il ne faut pas dire : il « découvre » quand il « retrouve ». il ne faut pas faire croire que quelqu’un découvre une pièce à conviction quand c’est lui qui l’a mise en place, à moins de spéculer sur l’absence de mémoire du lecteur).  C’est d’autant plus incompréhensible que le récit est truffé d’indices grossiers et  finalement, je me demande si le succès du livre n’est pas du au fait que le lecteur parvient a deviner les futurs chapitres et se croit intelligent alors qu’il me semble, mais au fond, j’ai peut-être tort, que l’intéret du polar à suspense est de tromper (sans lui mentir) le lecteur, de le mystifier, de lui prouver que la littérature est plus forte que lui. Le lecteur n’a pas être le plus malin.

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