ELSA MARPEAU: Black blocs (série noire 2012)

marpeau

« Elle lance le projectile de toutes ses forces. Le verre se brise.  Devant le trou, Swann sent se libérer en elle une joie irréfléchie,  immédiate.

La fuite devient possible. On peut fissurer le monde et se sauver par une des brèches que l’on a ouvertes.

Elle fait un  avec les corps noirs autour d’elle. »

Swann retrouve son  compagnon, un prof de fac bien sous tous rapports, avec une balle dans  le dos. L’enquête sur son assassinat lui ouvre les portes d’un nouveau  monde, inconnu et hostile, celui que les flics nomment « l’ultragauche ».

Pour comprendre, pour venger la mort de Samuel, Swann s’immerge. Et découvre les « Black Blocs », ces casseurs qui, en  fin de manif, le visage caché sous un foulard noir, balancent des  pierres dans les vitrines du capitalisme. Mais très vite, Swann met la  main dans un engrenage qui menace de la broyer. Alors qu’une vaste  opération clandestine semble se préparer chez les anarchistes et que la  police la surveille de près, la santé mentale de la jeune femme vacille. Pour le meilleur et pour le pire…

Je pensais, en entreprenant cette lecture, avoir affaire à un polar dans lequel résonnerait une sorte d’immersion de l’auteur dans le monde des militants « ultra-violents », des nihilistes de fin de cortège, de techniciens de la subversion suburbaine et d’internationalistes du lancer de pavé, je pensais apprendre quelque chose sur ces gens. Je n’ai rien appris. C’est pas vraiment le sujet. Il y a comme une petite tromperie marketing. Le sujet réel est la dissolution d’une jeune femme en deuil, qui va trouver chez des activistes d’extrême gauche un itinéraire mental, une sorte de résilience pratique et à ce titre, le roman peut intéresser pour peu  qu’on apprécie ce style fait de suites de phrases courtes,  divulguant des successions d’images, d’actions linéaires parfois agrémentées de quelques visions hallucinatoires, d’apparition du défunt, (ce dernier point fonctionne bien). On dirait néanmoins que c’est écrit pour la télévision,  le cinéma, la série Engrenage (grosse similitude avec la dernière saison).  J’aime pas trop, c’est pour moi un appauvrissement stylistique. D’autres apprécient ce style et, ma foi,  ils ont bien raison.

 

Il y a peu de réflexion sur l’engagement des « black blocs », aucune sur leur violence, rien sur  leur passé. Il y a quand même un charme qui opère pour peu qu’on les considère comme romantiques, égarés, errants et chevaleresques et il y a une justesse certaine dans les intentions de l’auteur, mais j’aurais aimé avoir de réels portraits de ces jeunes révolutionnaires et surtout une analyse romanesque de leur rapport à la violence, de véritables situations de basculement et une réelle incarnation des personnages. J’en connais quelques uns et ce qui est certain, c’est que ce sont des personnes totalement incarnées, de vrais personnages de romans noir pour certains. La violence exige une incarnation totale. On la trouve chez l’héroine, mais pas chez les autres, c’est dommage, c’est pour ça que le véritable sujet n’est pas le « black bloc » (dont j’en sais pas plus après la lecture) mais l’itinéraire d’une jeune fille.

Est évoquée l’affaire Julien Coupat, mais il me semble que nous ne connaissons pas encore la vérité, enfin moi je ne la connais pas. S’agit-il, comme le dit l’auteur dans une interview de la confrontation de deux fictions, l’une policière, l’autre révolutionnaire ? Je veux bien le croire mais il me faut des éléments, il se peut qu’il y ait d’étranges soubassements dans cette affaire et le mieux serait peut-être d’attendre d’en savoir plus ou de réellement enquêter avant d’utiliser de manière romanesque cette histoire.

 

Reste l’histoire de la jeune femme, histoire intéressante, touchante mais qui n’avait peut-être pas besoin d’être écrite dans un registre « polar » « Série noire » « roman noir », la littérature « Blanche », supposée non codifiée,  qui s’y prête à merveille, pourrait permettre à l’auteur de s’affranchir d’une intrigue sans grand intérêt et de mieux exploiter un certain talent de vision empathique. Du coup, j’ai plus l’impression d’en avoir appris sur l’auteur, que je ne connais pas, mais pas assez pour que ce soit une expérience littéraire.

 

 

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3 commentaires pour ELSA MARPEAU: Black blocs (série noire 2012)

  1. dj duclock dit :

    Effectivement le titre du livre est un peu trompeur, ce n’est pas vraiment un bouquin sur les Black Blocks tout au moins pas dans le sens « roman d’enquête / reportage sur… », mais c’est un polamour (une histoire d’amour qui a tout à fait sa place dans le polar) et un livre sur la paranoïa. (CF l’Indic n°11 pages 7 et 8 ).

  2. barré dit :

    ben j’espère en parler avec vous à Mauves dimanche..
    si c’est pas un rancart sans petites annonces new obs ça!
    respect! aucune frayeur!!
    Paul

    • ericmaneval dit :

      C’est avec joie que j’aurai parlé avec vous de la situtation générale du polar et de tout autre sujet mais hèlàs, je ne serais pas présent à Mauves sur Loire.

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