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ERIC AMBLER : Sale histoire. 1967. Rivages noir 2009

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Arthur Abdel Simpson est le fléau de tous les consulats britanniques des pays méditerranéens. Ce Levantin veut, en effet, être reconnu comme le fils légitime d’Arthur Thomas Simpson, sergent-major des armées de Sa Majesté, et d’une Egyptienne, afin de bénéficier d’un passeport anglais. Pour gagner sa vie, Arthur Abdel a besoin de travailler. Et pour travailler, il faut des papiers. Malheureusement, il se heurte à un vice-consul obtus et, à la suite d’une association hasardeuse avec des gens qui veulent tourner un film porno à Athènes, il se voit forcé de quiter clandestinement la Grèce. Ses tribulations ne sont pas près de prendre fin.
Publié en 1967, Sale histoire est un roman prémonitoire sur les conditions des sans-papiers et la voracité des multinationales.
« Les aventures d’Arthur Abdel Simpson sont un modèle d’humour noir. Elles n’en possèdent pas moins toutes les qualités (invention, rapidité, sens de l’action) qui font un bon thriller. » (Jean-Pierre Deloux, Polar)

Au moins dix ans que je n’avais pas lu de livres d’Eric Ambler. J’en avais oublié la force prémonitoire, politique, historique de son œuvre comme si ses écrits guettaient le destin du monde, subtilement dissimulés dans les angles morts de l’histoire. J’ai le souvenir de « l’ennemi commun », une nouvelle publiée chez « Mille et une nuits » où en quelques pages écrites en 1939, Ambler anticipait la guerre à venir et surtout l’après guerre et la construction européenne. C’est un noir visionnaire.

Au regard de ses œuvres précédentes, « Sale histoire » semble une œuvre mineure. Le scénario n’a rien de diabolique et le lecteur peut avoir l’impression de lire un roman d’aventure, un roman de mercenaires burnés. Suite à un kafkaien problème de passeport et de nationalité trouble, Arthur Abdel Simpson, déjà présent dans des livres antérieurs, se retrouve mêlé à une équipe de mercenaires au service d’une multinationale exploitant des gisements miniers en Afrique, des gisements de terres rares. Il s’agit de déclencher une guerre entre deux états pour faire main basse sur ces fameux gisements sans lesquels aujourd’hui, nul ordinateurs, tablettes et autres liseuses ne pourraient fonctionner. Nous allons donc suivre cette expédition para-militaire à la Bob Denard et ce que nous narre Ambler pourrait tout a fait illustrer l’expédition de nos militaires au Mali, avec bien plus de pertinences que les commentaires uniformes des journalistes accrédités. Le récit écrit en 1967 s’adapte à merveille aux images actuelles de cette opération au Mali dont j’ai oublié le nom.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de romans mettant en scène des actions stratégiques militaires, escarmouches, embuscades, prises de contrôle d’une ville et ma foi, le genre noir s’y prête à merveille. C’est une guerre coloniale. Chez Ambler les noirs sont des macaques, les blancs des salopards morbides. Tout est dit, il n’y a rien à sauver. Tout au plus, le héros, embarqué malgré lui dans cette expédition cherchera à sauver sa peau, puis éventuellement, cherchera à sauver d’autres apatrides comme lui. Le style, le propos est thompsonien mais sans alcool, sans démesure, froid et calculateur mais tout autant apte à mettre en lumière la noirceur des âmes humaines, avec ce même humour qui ne fait jamais rire.

Je vais lire et relire tout Eric Ambler, c’est la seule solution.

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