EOIN McNAMEE (Irl.) : 00h23 Pont de l’alma (Série noire-2007)

pont de lalamCe roman propose une version des derniers moments précédent l’ « accident » qui couté la vie à Diana Spencer, son amoureux Dodi Al Fayed, et Henri Paul le chauffeur. Seul le garde du corps d’Al Fayed survivra, il avait mis sa ceinture de sécurité. La version de McNamee milite clairement pour la version de l’attentat. Ne m’étant que modérément intéressé à cette histoire, j’ignore quel crédit accorder à son récit. Je suppose que de nombreuses hypothèses ont été développées, la sienne en vaut une autre. Là n’est pas l’important.

Ce qui est important, c’est que j’ai vraiment aimé ce livre, sa beauté formelle, son esthétique criminogène. Un bijou. Un écriture de polar, froide, désincarnée, une écriture qui nous rappelle constamment que le monde ne nous appartient pas, pas plus à nous, misérables lecteurs qu’aux puissants de ce monde. Une écriture qui nous explique qu’aucune pensée n’est acquise, aucun pensée n’est rassurante, nous vivons constamment dans l’illusion de nos sens. Chaque décor, essentiellement Paris, est trompeur. Si un personnage s’engage dans une bouche de métro, il s’engage dans un univers complexe, avec son histoire, ses rites, ses bruits et ses odeurs qui signifient quelque chose, un univers propice à toutes sortes de réminiscences, toutes sortes de phénomènes occultes, toutes sortes d’occasion à s’adonner à un culte religieux post modern , un peu comme dans les romans de J.G. Ballard. Ce procédé, c’est-à-dire relier sans cesse le personnage à son indéchiffrable environnement, le faire de manière répétitive rend tout les personnages soumis à leur paranoïa. La lucidité est un concept de troubadours. Il n’y a pas assez de poètes dans les services secrets, c’est déplorable.

 

L’histoire est simple. Trois personnages louches, ayant plus ou moins travaillé dans divers services secrets, sont chargés par un quatrième, non moins louche, de surveiller pendant trois jours l’Hotel Ritz où la princesse et son homme doivent passer quelques jours. Leur mission est seulement de noter ce qu’ils voient. Rien de passionnant n’intervient d’autant plus que le lecteur connaît la fin de l’histoire.

 

Rien de passionnant, mais tout est captivant, et cela ne tient qu’a l’écriture, au style, à cette manière qu’a l’auteur de nous faire macérer dans le mental de quelques personnages sans reliefs, des ombres, des barbouzes sans aucun charisme (les meilleurs sans doute), qui effectuent leur missions sans se poser de questions, si ce n’est de savoir s’ils seront payés jusqu’à ce qu’ils prennent conscience qu’il pourraient bien être les dindons d’une sale farce, mais laquelle ?

 

Le roman nous ramène sans cesse aux images des derniers instants de la journée de Lady Diana Spencer, de son amoureux musulman Dodi Al Fayed, de Henri Paul, directeur de la sécurité du Ritz et de quelques personnages troubles.  Puis surviennent les images de l’accident, images granuleuses des caméras de surveillances, images gravées dans notre inconscient. La version qu’il nous propose, si je ne sais jauger son degré de véracité, n’en reste pas moins une formidable contre-expérience du fait médiatique. Aucun média  ne saura retranscrire le silence d’un tunnel après l’accident, silence vite souillé par horde de scooters à paparazzis ameutés par l’odeur du sang, le recueillement est impossible. L’impossibilité du recueillement est un bon concept polardeux.

 

J’ajoute pour terminer que l’objet est beau. Quelques exemplaires de cette nouvelle série noire, ceux avec la photo noir et blanc plein cadre et les lettres jaunes, s’ils ne ressuscitent pas le collection mythique, restent de beaux objets mortels ( ils résistent peu aux outrages du temps, les couvertures palissent, la reliure s’affaisse, le papier est fragile, ils vieillissent mal)

 

 

 

 

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