FRANCOIS MEDELINE : LA POLITIQUE DU TUMULTE. (la manufacture de livre 2012)

Roman outrageusement décomplexé, aussi racoleur que hanté, ce livre puissant présente suffisamment de singularités pour que l’amateur de thriller  y trouve de quoi satisfaire sa boulimie consolatoire, qu’il soit lecteur de Manchette ou abonné à « Voici ». Il faudra cependant qu’il s’acclimate au style de l’auteur et qu’il soit prêt à affronter la grande syphilis, ce haut mal qui corrompt tout, lorsque politique, criminologie et médias oublient de protéger leurs rapports, et moi, paraphrasant Edgar Morin et Nicolas Sarkosy, j’aurais appelé ce roman « la politique de syphilisation ».

Bref, c’est un thriller Borderline, schizo, bipolaire, ce que vous voulez, suffisamment foisonnant pour qu’on puisse l’aimer ou le détester en ayant tout à fait raison, sans réel débat possible. Le roman policier, le polar, le thriller, tout ceci est devenu tellement insensé que je vais juste donner quelques éléments d’appréciation en me permettant de déconseiller ce livre à deux catégories de lecteurs de polar. Ceux qui sont de purs esthètes  et les  amateurs d’intrigues formatées, ces derniers trop atteints pour endurer cette lecture sans réel dommage cognitifs, on ne réveille pas un somnambule sans précautions. De même qu’il ne sert à rien d’attenter gratuitement au plaisir de l’esthète, celui qui cherche dans le polar une définition de la beauté.

Un des aspects que j’ai réellement apprécié est le style de l’auteur et un talent singulier à truffer son récit d’éléments visuels qui font mouche et donnent une puissance instantanée à l’action. C’est plus que du simple procédé, auquel cas le récit ne dépasserait pas la médiocrité d’un scénario télévisé, c’est un réel talent d’écrivain hanté, possédé, hantise qui déborde parfois vers un pur racolage qui à mes yeux, se prête bien au sujet, c’est puissant. Dès fois ça déborde et ça salit tout, vraiment, mais c’est puissant.  C’est particulièrement efficace dans les deux premières parties du livres. Le problème etant que ça anéantit l’eventuel essor psychologique des personnages car le rythme est constant, le style uniforme, la voix narrative unique,  sans nuance et surpuissante, ça enferme les personnages dans leurs archétypes.

Il y a aussi, outre l’action et les faits, un véritable ancrage lyonnais du récit. Ayant habité cette rieuse cité à peu près dans les années du récit, je m’y suis retrouvé  Lyon est une ville de polar. C’est la ville d’Interpol, du professeur Locard et de Frederic Dard. Les lyonnais ont de bonnes têtes d’assassins, les rues lyonnaises sont suspectes,  le parc de la tête d’or ou la confluence Rhône Saône provoquent l’envie immédiate d’y faire disparaître des corps, c’est une ville à fantasmes criminels ( alors que par ex. Marseille est une ville criminelle). J’ignore si les lecteurs qui ne connaissent pas la ville vont sentir cela mais je leur affirme, c’est un roman Lyonnais, fortement imprégné par les lieux. Remarquez que les personnages parcourent la ville dans tous les sens et que rien ne s’oppose à eux, ce qui doit advenir advient limpidement,  la ville les laisse faire, elle n’intervient pas, chacun peut vivre sa paranoïa jusqu’au bout (Alors qu’a Marseille, y’aura toujours quelque chose qui viendra s’opposer et parasiter le projet).

L’intrigue est aussi intéressante sur la forme. L’auteur utilise deux faits divers pour en accoucher d’un troisième. L’équation est subtile. J’ai la flemme de replonger dans le livre mais si on considère l’art du suspense comme le jeu d’échec, la partie mérite d’être déconstruite, le jeu analysé. Je considère que ce livre est dans la catégorie des Thrillers, mais, à la différence d’un Grangé ou d’un Thilliez, il n’y a pas de spéculation,  de manipulation du lecteur ou d’artifice, le tout est cohérent, le tout se tient, La mécanique fonctionne, le livre ne déraille pas.

En revanche, parmi les nombreux aspects du livres, deux m’ont fortement dérangés. Ce sont deux éléments subjectif, un point de vue personnel.

Le premier est une sorte d’habillage politique bien trop voyant à mes yeux,  totalement inutile et trompeur. Je n’ai pas compris le projet, de même que je ne comprend toujours pas le titre, à peine la couverture. Je n’ai pas compris en quoi ce roman était « noir, historique et politique » tout en étant présenté comme « extrapolation mensongère basée sur la paranoia »  C’est pour moi une erreur de vouloir donner une aura politique à ce qui pourrait être, et qui reste malgré tout à mes yeux,  un excellent thriller. Ces digressions politiques nuisent à la tension et à la mécanique. Ce n’était pas nécessaire. C’est comme donner une dimension scientifique , ésotérique ou criminologique à toute la production commerciale du thriller français. Je ne vois guère de différence dans l’intention.

Le deuxième aspect vient à la suite. Il y a une affaire de pédophilie criminelle, une abomination. Alors si on donne des détails glauques et ouvertement racoleurs sur l’affaire, il faut aller jusqu’au bout, et ça, peu d’auteurs en sont capables. Ca demande de la finesse psychologique, ca demande des personnages qui soient autre chose que de purs archétypes si on veut parvenir au véritable tumulte. tumulte

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