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Raymond Castells : Hôpital Psychiatrique- Rivages noir.

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Raymond Castells : Hôpital Psychiatrique- Rivages noir.

 Mai 2010. Louis et Louise, si âgés aujourd’hui qu’ils peuvent tout avouer, racontent leur vie quotidienne à l’hôpital psychiatrique où ils se sont connus pendant la Seconde Guerre mondiale. Les supplices infligés par les gardiens. Les expérimentations médicales sur les patients. L’arrivée d’un régiment allemand. La cohabitation entre les soldats de la Wehrmacht et les malades mentaux qui se partagent les bâtiments pendant que collaborateurs et résistants se livrent à leurs activités clandestines dans les sous-sols et dans les combles. Et le plan qu’ils mettent au point pour s’échapper de cette maison de fous.

Raymond Castells, psychologue clinicien, reconstitue l’univers surréaliste de l’hôpital psychiatrique pendant l’Occupation, où des soldats allemands ont effectivement cohabité avec des internés, des collaborateurs et des résistants.

J’avais lu dans une biographie d’André Breton, un passage où lui même (ainsi qu’Eluard, me semble-t-il), alors jeunes internes dans un hopital Militaire ou psychiâtrique, arpentaient les couloirs durant leur garde de nuit et lisaient les chants de Maldoror à haute voix et réveillaient les fous ou autres traumatisés de guerre. Dans mon imaginaire, cette scène est fondatrice du surréalisme. Ce roman me l’a rappelé.

Bien, voila un bien beau roman noir, bien foutu,  passionnant, d’une lecture facile et jouissive. Un jeune type accusé de faits épouvantables se retrouve interné en hôpital psychiatrique a la fin des années 30. Ca commence comme du pur Edward Bunker pour devenir par la suite extrêmement singulier et terminer d’une manière carrément tarentinesque. A la fois drôle, déchirant, virevoltant d’action et de scènes théâtrales, passant du Vaudeville noir à la pire tragédie, le tout nous éclairant sur un sujet peu connu : la situation des hôpitaux psychiatriques dans les années d’avant guerre et durant le conflit, années de guerre ou près de 40 000 internés mourront de dénutrition.

Pour qui comme moi est familier de l’univers psychiatrique, les personnages deviennent totalement incarnés, il me semble tous les avoir connus : les psychopathes, les monstrueux, les tellement gentil, les mystiques, tout autant du coté soigné que soignant. De même qu’en prison, on se demande parfois, entre les détenus et les surveillants, lesquels vivent le mieux l’enfermement, on se demande, dans ce récit, qui est le plus malade entre les soignants et les soignés. L’univers décrit dans le livre, c’est-à-dire l’Asile, ne me semble pas si éloigné de ce qu’étaient les hopitaux psychiatriques d’après guerre et d’avant 68, du temps ou un ancien de Limoux (ville psychiatrique) me racontait qu’enfant, il allait en famille voir les fous enchainés dans des sortes de douves, et que c’était la promenade du dimanche.

Tous les « soins » d’avant 68 (je crois que rien n’a bougé avant les anti psychiatres chevelus, mais je ne suis pas un spécialiste) sont décrits : les électrochocs, les lobotomies, les scarifications, les abcès de fixation, l’insulinothérapie, méthodes barbares utilisées dans le livre par un docteur aussi cinglé et salopard que drôle. Tout les « soins » mais aussi toutes leurs justifications théoriques sont exposées d’une manière tout à fait comique. J’ai beaucoup apprécié cette art de l’auteur de nous raconter des choses effroyables, de véritables scènes de tortures dignes des inquisiteurs les plus zélés sur le ton de la comédie noire, véritable prouesse romanesque que ce livre.

Sont également décrits aussi toute une série de phénomènes institutionnels qui me semblent toujours présent dans certaines institutions aujourd’hui  même s’ils n’atteignent pas le degré de corruption du roman.

Bref, un excellent roman noir avec une vraie et solide construction romanesque, je suis très content, il deviendra un classique du roman noir (comme souvent les polars en milieu psychiatrique, Shutter island, shock Corridor, Vol au dessus d’un nid de Coucou et le « mémoire en cage » de Jonquet).

Si l’auteur lit ces lignes, j’aimerais lui demander d’où lui vient l’anecdote de l’accident du bucheron, sur les routes aux alentours de Quillan et si, d’une manière ou d’une autre l’H.P. de Limoux lui avait servi d’inspiration.

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