JAMES M. CAIN : GALATEE (presses de la cité- Un mystère N°165- 1953)

Ce roman m’avait été indiqué par mon ami Robert, grand connaisseur en polar, littérature populaire, contre-culture et expert en affiches de cinéma. J’écrivais à l’époque un roman qui mettait en scène un groupe terroriste qui luttait contre l’alimentation industrielle en vomissant partout. Ce livre n’est pas terminé. Soucieux de lire ce qui avait pu être écrit dans le polar autour du sujet de l’alimentation trouble, j’avais demandé des références aux quelques initiés que je fréquente. Robert qui n’avait pas répondu immédiatement à ma requête me cita, quelques mois plus tard,  « Galatée » de James M. Cain. Il me fallut encore quelque mois pour le trouver et plusieurs années pour me décider à le lire.

Galatée est pour moi un polar de très haut niveau malgré un gros problème de traduction ou d’écriture bâclée. J’ignore s’il existe une biographie de l’auteur qui pourrait m’éclairer sur les circonstances de l’écriture (et on a envie par ailleurs de connaître les sources de son inspiration, peut-être trouverais-je une piste dans ses ecrits journalistiques). Je ne parviens pas à déterminer s’il a lui-même écrit ce roman trop rapidement, si la traductrice, pourtant habituée au genre (elle a traduit Ambler, Ellery Queen..) avait des impératifs de temps, s’il elle n’a pas saisi le style unique de M. Cain, privilégié l’aspect mélodramatique au profit de la mécanique de l’intrigue ou si c’est moi qui ai mal lu. Bref, certaines répliques tombent totalement à plat, d’autres semblent en dehors de la tension de la scène.

Malgré également une construction un peu bancale dans la mesure ou toutes sortes d’éléments surviennent de manière un peu anarchique (ce qui privilégierait la thèse de l’auteur pressé), ce roman m’apparaît comme une pure merveille du genre. Comme souvent chez M. Cain, nous sommes en plein mélodrame. Un homme aux abois va tomber amoureux d’une femme ambivalente et vivre une passion vénéneuse. Cette fois ci, l’originalité réside dans la personnalité de la femme qui est une obèse morbide « c’est glandulaire » ne cesse-t-elle de répéter en s’empiffrant monstrueusement. La manière dont l’auteur va évoquer cette pathologie honteuse, tellement stigmatisante et quasiment subversive dans l’Amérique consumériste, à l’époque où chaque foyer s’équipe de frigos aux dimensions de porte-avions, est d’une implacable logique.  Merveille du polar car avec une écriture simple, compréhensible par tous, avec des scènes qu’on a tous lu ailleurs, des éléments extrêmement basiques, il va plonger le lecteur attentif dans un univers d’une sidérante noirceur lorsque celui-ci aura tout les éléments en main et découvrira les dessous de ce mélodrame hollywoodien. C’est une attaque impitoyable sur ce qui fonde l’Amérique, les pionniers, l’esclavagisme et la gloutonnerie consumériste. Nous sommes en 1953 et ce livre, si peu édité en France (un retirage en 10/18 dans les années 80, j’ignore ce qu’il en est pour le reste du monde) garde toute sa puissance évocatrice.

Je rajoute qu’il est aussi, à travers les redoutables pulsions galatée qui jalonnent le récit, une étude visionnaire sur la pathologie de l’obésité et je ne suis pas certain, pour avoir beaucoup lu sur tout ce que l’on inclue dans « les troubles du comportement alimentaire » que dans les années 50, la médecine était forcement  plus avancée que le polar.

Publicités
Cet article a été publié dans critique polar, Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour JAMES M. CAIN : GALATEE (presses de la cité- Un mystère N°165- 1953)

  1. dj duclock dit :

    Yes it is. Nous nous servons de ce bouquins pour notre conférence sur Polar et Cuisine, c’est un plat de résistance de choix. Dès le début Cain te prends par la main et t’emmène avec lui. C’est aussi un polamour bien tourné… Peut-être qu’un jour quelqu’un retravaillera la trad’ et le rééditera ?

  2. ericmaneval dit :

    « plat de résistance de choix », je n’en doute pas un instant. Quels est le menu?

  3. Fani kilina dit :

    Attends toujours une autre traduction…je voudrais retrouver la couverture où est représentée une acquarelle de E. Hopper…merci

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s