Serge Reynaud : Chroniques de la main courante- histoires vécues (Bourrin 2009- pocket 2012)

reyanaudVoila donc un recueil d’une centaine de petites histoires sur le quotidien du travail de la police, histoires livrées sans logique apparente, en vrac, ou comme on dit dans la brocante, au cul du camion (de CRS). L’auteur se nomme Serge Reynaud et je l’ai rencontré à plusieurs reprises, soit sur des salons du polar, soit dans le quartier puisque nous sommes voisins et amis.

Il m’a offert son livre il y a plusieurs mois et j’avoue avoir été un peu long à m’y plonger car, j’ignore pourquoi, j’ai toujours une légère réticence à lire les livres des gens que j’apprécie. Pas facile de dire à un collègue que son livre est une daube, même si ça reste le meilleur moyen d’éprouver son amitié.

J’ai donc entamé la lecture, passé sans encombre les premières histoires et ai rapidement constaté que ce livre prenait à contre-pied tous les romans, essais, films et séries télévisées consacrées à la police. Il y a quelque chose d’extrêmement singulier dans ce livre. Imaginez un bon roman du grand Joseph Wambaugh dépouillé de toute construction romanesque, de toute intrigue et seulement constitué des meilleurs morceaux, ses meilleures blagues, son meilleur humour noir, ses meilleures histoires invraisemblables, ses situations tragicomiques, tous ce qui fait qu’on adore cet auteur. Les histoires de Serge Reynaud, c’est un peu ça. Formellement, il traite ses anecdotes plus à la manière d’un Roald Dahl, misant tout sur la chute et beaucoup de ses petites saynettes sont incontestablement réussies puisqu’il m’est arrivé, au moment du final, de rire comme un bossu pour plonger brusquement, à l’histoire suivante, dans une profonde mélancolie ou une noire sidération. Alors ce qui se révèle singulier c’est que Serge Reynaud n’a pas de prétentions littéraires dans ce livre, je pense qu’en premier lieu, il veut faire passer un message mais il parvient, par sa pratique de l’écriture et son art de la chute à nous faire croire que peut-être, ce que nous lisons est de la pure fiction. C’est assez balèze.

Et c’est là que réside, d’un point de vue formel, une autre qualité de l’ouvrage. J’invite tout scénariste, écrivain de polar à lire cet ouvrage car il est truffé de situations qui, réutilisées parcimonieusement donneront incontestablement un cachet d’authenticité à votre travail, du moins pour ceux dont c’est le but. Juste l’exemple le plus simple possible, prenez un flic qui ne sait pas lire les chiffres romains, (il y en a un dans le livre), mettez en un dans votre commissariat fictionnel et ça boostera le crédit de votre histoire.

Maintenant, que veut nous dire Serge Reynaud ? Parce qu’un fois qu’on a bien rigolé et qu’on a bien pleuré, qu’on a pris un réel plaisir de lecture, que reste-t-il ?

Tout d’abord, on voit bien que l’auteur aime son travail (il le précise à la fin, inutilement), tout autant pour l’adrénaline que pour la haute idée qu’il a de sa mission. Il le dit avec beaucoup de sincérité. Cette absence de faux-semblant est appréciable. Je me suis à un moment de la lecture étonné de voir que tout ce qui pourrait attenter à l’honneur de sa corporation était assez peu présent dans le livre. Point de flic alcoolique libidineux, point de tabasseur, point de ripoux, point de crapule en uniforme. Ils semblerait qu’ils n’aient pas leur place dans ce livre et j’en ai déduit qu’évoquer ces tristes figures était peut-être au-delà de ses forces. Ca n’est pas un reproche car il n’hésite pas en revanche à livrer sans retenues des situations peu glorieuses pour lui ou ses collègues, des situations ou il se dégoûte lui-même, des erreurs de jugements, des a priori fâcheux. Il n’hésite pas non plus à dresser un tableau assez inquiétant d’une police totalement hiérarchisée, avec ses artistes et ses trimards, aussi courtelinesque que kafkaïenne, quelquefois totalement dépassée par les évènements, au personnel parfois en proie à de profondes dépressions, quelquefois vraiment inquiétante pour le citoyen. tout cela est dit et très bien dit. J’en viens à pressentir que peut-être, s’il veut évoquer ce qui salit réellement le prestige de la police, alors là, peut-être devra-t-il utiliser la pure fiction.

Au final,  le livre procure des éléments visant à préciser le rapport que chacun a avec la police. Qu’il la haïsse ou qu’il la vénère, la lecture de ce livre ne peut qu’affiner le jugement de chacun vis-à-vis des représentants de l’ordre, tout simplement parce qu’il est sincère et la sincérité, c’est rare.

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2 commentaires pour Serge Reynaud : Chroniques de la main courante- histoires vécues (Bourrin 2009- pocket 2012)

  1. dj duclock dit :

    Suis dedans, je me lis parfois plusieurs histoires d’affilée. J’aime bien le ton oui. Et puis comme tu dis il y a cette sincérité. Parfois ça fait un peu petit conte moral. On en recause que je l’ai terminé, je prends pas mal de notes de lecture sur la chose.

  2. ericmaneval dit :

    Conte moral.. oui, parfois, contes édifiant .. mais ce ne sont pas des contes. Certaines histoires sont même désagréables, on se dit que l’auteur nous fait un rappel à l’ordre moral, mais c’est suffisemment habile pour que nous en doutions.

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