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G.J. ARNAUD : RAISON PERDUE Fleuve noir N° 1506. (1979)

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Je considère G.J. Arnaud comme un auteur essentiel du polar français, aussi important qu’un Frédéric Dard ou qu’un André Héléna et je crois, plus important que tout le néo-polar. Je n’ai lu qu’un quart de son œuvre polardeuse mais garde un souvenir puissant de chacune de ces lectures. Alors bien sur, il n’est pas un auteur raffiné comme un Manchette, il n’est pas un esthète du crime et il n’est pas un donneur de leçons politiques. Il est souvent absent des études sur le polar, ne figure pas dans « la brève histoire du roman noir » de J.B. Pouy mais il possède cette aura qui fait que lorsque vous rencontrez un des lecteurs de sa prolifique œuvre noire (j’ignore ce qu’il en est pour la S.F.), vous rencontrez un frère, une sœur. Un jour viendra ou un type plus sérieux et moins feignasse que moi étudiera le sujet et déterminera avec précision les rouages de ses intrigues, la singularité de son style décoffré, l’acuité de son regard, la pertinence de ses thématiques, tout ce qui fait son indémodable modernité.

« Raison perdue » met en scène un psychologue et une jeune fille internée en psychiatrie. Celle-ci ne cesse d’accuser ses parents d’être des meurtriers. Le psychologue va mener l’enquête.

Tout va redoutablement s’enchaîner. La construction est parfaite et comme toujours avec Arnaud, il n’y a pas un paragraphe inutile, pas une ligne qui ne soit au service de l’intrigue. Chaque personnage est décrit par quelques traits de caractère, deux ou trois détails physiques. Les divers protagonistes ne jouissent d’aucune liberté. Tous sont prisonniers de leur représentations sociales. Ils sont comme nous, ils subissent et c’est peut-être ce qui nous les rend si familiers.

L’intrigue va nous mener dans divers univers : la psychiatrie et ses rapports de pouvoirs, des agents immobiliers du Var,  tout un monde de notables unis dans la domination, les restes d’une communauté hippie de la haute Ardèche (seul endroit respirable du roman).

Un personnage fantôme traverse tous ces lieux, un vieux viticulteur de Rivesaltes « toujours prêt à offrir une bouteille de son muscat aux gens qui lui plaisent », personnage qui représente l’ancien monde, celui d’avant les trente glorieuses, le seul ( avec les femmes de la communauté) à sembler avoir gardé une humanité. Il va se faire broyer.

Je termine cette chronique en envoyant un message à mes amis viticulteurs du département 66. Pour avoir vécu et travaillé avec vous assez longtemps, je vous invite à lire ce livre car il recèle un fort potentiel publicitaire pour vos vins doux naturels. Une bouteille de muscat joue un rôle très positif. Les seuls actes bienveillants du récit (avec l’hospitalité des gardiennes de chèvre de la communauté hippie) sont ceux ou un viticulteur du Roussillon offre ses bouteilles à divers protagonistes. Ce type est généreux. J’en ai connu beaucoup des comme lui, du temps ou sur un grand panneau officiel, planté sur la route d’Estagel, le message suivant disait « Etranger, si tu t’installe au pays, on t’aidera ». Alors plutôt que de dépenser des centaine de milliers d’Euros dans des campagnes publicitaires visant à imposer un improbable coté « hype » à vos produits, revenez au caractère fondamental du muscat, sa générosité. Vous comprendrez en lisant le livre.

 

Un téléfilm a été adapté de ce roman « raison perdue » de Michel Favart (1984), avec Emmanuelle Béart.

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